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Qu’est-ce que l’intelligence artificielle en santé ?
Il n’existe pas de définition unique et universelle de l’intelligence artificielle parce que ce terme recoupe de nombreuses technologies [1].
L’intelligence artificielle (IA) est un domaine de recherche en pleine expansion, une révolution technologique incontournable qui affecte tous les domaines d’activité : économie, emploi, services publics, environnement, information, secteur culturel … [1, 2].
L’IA désigne l’ensemble des techniques et des technologies qui, à partir du stockage et de l’analyse d’un vaste ensemble de données, visent à reproduire ou à simuler certaines capacités humaines, comme le raisonnement, l’apprentissage, la perception ou la décision.
Ces nombreuses applications sont amplifiées par les systèmes d’IA dite « générative » qui permettent à un humain, très rapidement, en quelques secondes, par écrit ou oralement, de générer du contenu, là où il faudrait à l’homme plusieurs jours ou semaines [1].
Mais il reste de nombreuses incertitudes, notamment quant à la maîtrise des systèmes, au déploiement, à la responsabilité, la vérité et la pertinence de l’information.
En médecine l’IA offre des perspectives prometteuses pour améliorer la qualité des soins, le diagnostic, la prévention, la recherche, la mise au point de médicaments ou la formation à condition de placer l’éthique et les droits humains au cœur de sa conception, de son déploiement et de son utilisation [3,4].
Références :
[1].Commission de l’Intelligence artificielle. IA : notre ambition pour la France.Mars 2024.
[3]. Jeremie. IA et santé : l’OMS publie un premier rapport. Devinci Executive Education. 20 sept 2021.
Mots clés : intelligence artificielle [artificial intelligence].
Qualité de la preuve : Grade 4.
Comment fonctionnent les intelligences artificielles ?
Les systèmes d’intelligence artificielle s’appuient sur des techniques d’apprentissage automatique, entraînés sur d’importants volumes de données : textes, images, vidéos, sons, tableaux [1].
La conception de ChatGPT, agent conversationnel développé par OpenAI, suit 5 étapes [2] :
- Un pré-entraînement sur un vaste ensemble de données provenant d’Internet qui lui permet d’acquérir une compréhension générale de la syntaxe, la grammaire et le contexte ;
- Une mise au point sur des taches spécifiques sous supervision humaine ;
- La génération de texte : réponse du modèle à une requête en se basant sur son apprentissage préalable ;
- L’attention contextuelle : attribution d’une importance spécifique lors de la génération de la réponse compte tenu des différents éléments du contexte ;
- Des itérations : ajustements permettant au système d’affiner sa réponse en fonction du contexte au fur et à mesure de la conversation.
Une fois entraîné le modèle sollicité par le biais de requêtes répond en produisant de nouvelles données, s’enrichissant au fur et à mesure [1, 2].
Il existe des modèles développés spécifiquement pour fournir des informations médicales pertinentes et personnalisées grâce au recoupement de données : les big data [3]. Cependant ces modèles ne sont pas parfaits et ne peuvent remplacer le jugement et l’expertise de professionnels humains [2].
Références :
[1]. Commission de l’Intelligence artificielle. IA : notre ambition pour la France. Mars 2024.
Mots clés : intelligence artificielle [artificial intelligence].
Qualité de la preuve : Grade 4.
Quelles sont les premières applications de l’IA en santé?
Pratiquement aucun domaine de la médecine et des soins n’échappe à l’influence de l’IA [1,2].
Les tâches administratives et de secrétariat ont été les premières concernées. L’IA joue un rôle croissant dans :
- L’accueil en automatisant la gestion des rendez-vous, avec rappels pour limiter l’absentéisme, permettant aux secrétaires de récupérer du temps pour d’autres tâches ;
- La gestion de la couverture maladie, les rapports entre les soignants et les organismes payeurs ;
- La synthèse des données du patient, de résultats d’analyse et d’examens complémentaires;
- L’analyse d’images de radiographies, d’histologie, de fonds d’œil, d’ECG, la synthèse et la rédaction de comptes rendus plus complets, rapides et précis ;
Dans une enquête auprès de 57 médecins généralistes, internistes, cardiologues et orthopédistes américains [3], sur 430 heures de travail, 27,0% du temps étaient consacrés à la consultation directe des patients et 49,2 % à la saisie des données dans le dossier at autres tâches administratives. En présence même du patient 52,9% du temps étaient consacrés directement à l’examen et 37,0% à la saisie dans le dossier électronique et autres tâches administratives, source d’épuisement professionnel.
Pour chaque heure de soins directs au patient les médecins consacrent près de 2 heures supplémentaires à la documentation et aux tâches administratives, en grande partie en dehors des heures de travail, pendant les heures de repos accroissant les risques de burn-out [4].
Les assistants de rédaction utilisant l’IA peuvent alléger la charge de travail liée à la gestion administrative.
Références :
Mots clés : intelligence artificielle [artificial intelligence].
Qualité de la preuve : Grade 3.
Quelles sont les performances des systèmes d’IA en santé ?
Les systèmes d’IA sont en pleine expansion dans l’usage des dispositifs médicaux, le dépistage et le suivi de maladies chroniques.
Performances diagnostiques
Dans une étude portant sur 100 patients [1] (âge médian 72 ans) admis dans un service d’urgences de médecine interne principalement pour des pathologies cardiovasculaires, endocriniennes, gastro-intestinales ou infectieuses, ChatGPT-4 a surpassé les médecins internes des urgences en matière de précision diagnostique (p= 0,01), principalement pour les pathologies cardio-vasculaires (p=0,03), endocriniennes et gastro-intestinales (p=0,01).
Dans une autre étude sur 70 cas complexes [2] ChatGPT-4 a fourni un diagnostic différentiel exact dans 64 % des cas difficiles et un diagnostic principal exact dans 39 % des cas.
Une autre étude [3] utilisant deux générateurs de diagnostics différentiels (IsabelHealth et Memem7) à propos de 105 cas réels issus d’un forum de télémédecine ces deux systèmes identifiaient le diagnostic cible correct avec une efficacité équivalente, tous cas confondus, de 58% et 68 % (différence non significative entre les deux systèmes), apportant une aide pour établir une liste pertinente de diagnostics différentiels et identifier le diagnostic cible.
Suivi de patients diabétiques
Des algorithmes d'IA ont été développés pour automatiser le dépistage et faciliter la prise en charge du diabète et d'autres troubles métaboliques. Ils permettent de diagnostiquer et classer le diabète de type 1, le diabète de type 2, le diabète gestationnel avec une précision équivalente à celle d’un médecin.
Les pompes à insuline intégrant l’IA sont utilisées dans nombre d’études pour automatiser les débits de perfusion d’insuline en fonction du contrôle continu de la glycémie.
Divers systèmes permettent également de diagnostiquer les complications graves du diabète : rétinopathie, pied diabétique, risque d’hospitalisation [4].
Pathologies cardiovasculaires
Dans une étude de 100 dossiers de patients présentant des pathologies cardiovasculaires [5] en posant des questions visant à évaluer des hypothèses diagnostiques, les examens complémentaires et analyses recommandés, ChatGPT a pu donner 43 % de réponse exactes, 42 % d’erreurs et 15 % de concordances partielles.
Mais ChatGPT était plus performant pour diagnostiquer les cas les plus graves (p<0,001) ainsi que l’urgence (p<0,011).
Patients insuffisants rénaux
Une revue systématique [6] et une étude de cohorte rétrospective [7] ont évalué les performances de modèles d’IA chez des patients souffrant d’insuffisance rénale chronique pour :
- La recherche et la compatibilité de greffons, donc définir une stratégie cohérente d’attribution, et prédire la survie du greffon;
- Prédire la mortalité à 1, 4 et 7 ans rétrospectivement dans une cohorte de 559 patients hémodialysés, comparativement à une cohorte témoin de 87 patients d’un autre centre. Les valeurs de précision pour ces échéances étaient de respectivement de 0,891, 0, 857 et 0,891.
Les IA conversationnelles ont des performances aujourd’hui inférieures à celles de médecins mais elles peuvent être utiles pour établir des listes de diagnostics différentiels et pour aider au suivi des pathologies chroniques.
Références :
Mots clés : intelligence artificielle ; diagnostic ; diabète ; maladies cardiovasculaires ; défaillance rénale chronique [artificial intelligence ; diagnosis ; diabetes mellitus ; cardiovascular diseases ; kidney failure, chronic].
Qualité de la preuve : Grade 3.