Différences entre les versions de « Protoxyde d'azote ou gaz hilarant »

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[http://publicr.cluster031.hosting.ovh.net/Publications/bibliomed/1199_Protoxyde%20Azote.pdf Collectif. Message du protoxyde d'azote: quels risques?; Bibliomed 2026. N° 1199].
[http://publicr.cluster031.hosting.ovh.net/Publications/bibliomed/1199_Protoxyde%20Azote.pdf Collectif. Message du protoxyde d'azote: quels risques?; Bibliomed 2026. N° 1199].
== Médecine==
[https://www.jle.com/fr/revues/med/e-docs/les_consequences_cliniques_dune_utilisation_detournee_du_protoxyde_dazote_353416/article.phtml Frances P, Cordier LF, Ponce de Léon C, Gaubert R, Manjaoui S. Les conséquences cliniques d’une utilisation détournée du protoxyde d’azote. Médecine 2025; 21 (3):107-11].

Version actuelle datée du 19 avril 2026 à 17:33

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Qu’est-ce que le protoxyde d’azote ?

Le protoxyde d’azote (N2O) est un gaz volatil reconnu depuis cent cinquante ans pour ses applications en médecine comme agent analgésique [1,2].

C’est un gaz incolore et inodore, découvert en 1772 par un chimiste anglais Joseph Priestley, utilisé dans le domaine médical pour diminuer la douleur (antalgie) ou atténuer la sensibilité à la douleur (analgésie) [1].

Ses propriétés euphorisantes ont été découvertes vingt-cinq ans plus tard, par un autre chimiste anglais, Humphry Davy, devenant alors une véritable « gazomanie » à la mode dans les foires et salons en Angleterre (le gaz de paradis des poètes anglais) [3] ne touchant la France que secondairement [2].

Son pouvoir anesthésique est faible et, dans le cadre de l'anesthésie générale, il est surtout utilisé en adjuvant à d'autres anesthésiques, permettant une épargne de ces derniers.

Du fait de son mauvais profil de tolérance et de ses effets sur la pollution son utilisation a disparu des blocs opératoires chez l’adulte [4].

Le Meopa, mélange équimolaire 50/50 avec de l'oxygène reste utilisé dans des situations d’urgence chez l’enfant en l’absence de produit de remplacement [4]. Il est strictement réservé à un usage professionnel, en milieu hospitalier, notamment dans les services d'urgence, de pédiatrie ou d'odontologie pour une analgésie de courte durée [5]. Son administration doit être mentionnée dans le dossier du patient [6].

Parallèlement le protoxyde d’azote est utilisé couramment dans le domaine alimentaire, en cartouches en vente libre, notamment pour la confection de crème chantilly ou de boissons gazeuses.

Lorsqu’il est inhalé il possède des propriétés euphorisantes et provoque des rires incontrôlés, d’où son appellation de « gaz hilarant » [1,2].

Références :

[1]. Greillet C, Solal C, Bloch J. Un gaz pas si hilarant ! Les cahiers de la Recherche : Santé, Environnement, Travail. nov 2021;L’exposition des enfants(18):34 6.

[2]. 12074-.PDF Monneret C, Granger P. Le protoxyde d’azote : un gaz pas si hilarant. À propos de. Académie Nationale de Pharmacie. France 2023.

[3]. Borloz SV. Du « gaz de paradis des poëtes anglais » au « sourire de force ». Sur les traces du gaz hilarant dans la littérature du XIXe siècle (France et Angleterre). Acta fabula. 26 avr 2017.

[4]. Hoppenot I.VIDAL.2022 Protoxyde d’azote : une utilisation médicale en baisse, un usage récréatif en hausse.

[5]. ANSM. Actualité - MEOPA (Actynox, Antasol, Entonox, Kalinox, Oxynox, Placynox) : modification de l’étiquetage pour réduire le risque de confusion avec les bouteilles d’oxygène.

[6]. Cochois I. VIDAL 2016. Sécurité d’emploi des MEOPA (oxygène et protoxyde d’azote) : les règles indispensables à connaître.

Mots clés : protoxyde d'azote [nitrous oxide].

Qualité de la preuve : Grade 1

Un mésusage important

L’usage détourné du protoxyde d’azote prend de l’ampleur et plusieurs alertes sur ce détournement sont lancées par les autorités sanitaires.

Dans un communiqué de presse du 16 avril 2025, l’ANSES rapporte que depuis 2020, les signalements d’intoxications liées à l’usage détourné du protoxyde d’azote, ou « proto », augmentent de manière continue [1].

En 2023, malgré l’interdiction de vente aux mineurs depuis 2021, 472 signalements ont été enregistrés par les centres d’addictovigilance (CEIP-A) et 305 par les centres antipoison (CAP-TV), soit une augmentation respectivement de 30 % et 20 % par rapport à 2022 avec parallèlement l’augmentation du nombre des complications [1].

On observe une augmentation des cas d’usage répété et prolongé et de dépendance. 92 % font état de doses élevées et pour 50 % une consommation quotidienne [1].

Des sites Internet domiciliés à l’étranger proposent, via des réseaux structurés, des contenants de volumes importants sous forme de bonbonnes ou de réservoirs permettant de gonfler respectivement jusqu’à 80, voire 1000 à 2000 ballons [2].

L’enquête EnClass [2] en 2021 a montré que 5,5 % des élèves de 3e avaient consommé du proto, les garçons 2 fois plus que les filles, 7,3 % versus 3,7 %.

Dans l’enquête ESCAPAD [3] auprès de jeunes de 17, 4 ans, en 2022, lors de l’appel pour la préparation à la défense, 2,3 % ont déjà expérimenté le proto avec une progression de 2,3 % depuis 2017, respectivement 2,8 % et 1,8 % pour les garçons et les filles

Chez l’adulte, en 2023, 6,7 % des personnes de 18 à 64 ans déclarent en avoir déjà consommé au cours de leur vie et 0,8 % au cours de l’année précédente lors d’évènements festifs (free party, festivals, boîtes de nuit) [4].

En 2023 ont été signalés deux nouveaux nés présentant des troubles neurologiques consécutifs à une consommation répétée de protoxyde par la mère pendant la grossesse [1].

La loi a institué depuis 2021 un encadrement strict avec notamment l’interdiction de la vente aux mineurs et des amendes allant de 3 500 € pour la vente ou l’offre d’accessoires facilitant cet usage détourné, jusqu’à 15 000 € pour l’incitation de mineurs à la consommation. Un projet vise à durcir ces sanctions jusqu’à des peines d’emprisonnement [5].

Références :

[1]. MILDECA. Les intoxications au protoxyde d’azote continuent d’augmenter.

[2]. Spilka S, Philippon A, Le Nézet O, Janssen É, Brissot A, Eroukmanoff V, Godeau E. Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les élèves de 3e en 2021. OFDT. Tendances. Décembre 2021.

[3].Les drogues à 17 ans. Analyse de l’enquête ESCAPAD 2022 OFDT. 2023.

[4].Gérome C. Substances psychoactives, usagers et marchés : tendances en 2022. Tendances, OFDT. 2023 ;160.

[5]. info.gouv.fr. Protoxyde d’azote : quels dangers et que dit la loi ?

Mots clés : protoxyde d'azote ; épidémiologie [nitrous oxide ; epidemiology].

Qualité de la preuve : Grade 1.

Quelles conséquences pour la santé ?

Cet usage récréatif n’est pas sans danger, il peut même entraîner la mort. Même un usage occasionnel comporte des risques graves [1].

Les effets physiques sont peu importants tant qu’il n’y a pas de déficit en oxygène du fait d’une inhalation à trop forte concentration ou trop prolongée.

Les complications aiguës habituelles sont des nausées, des troubles de l’équilibre et des céphalées.

Un autre danger de l’inhalation est la brûlure par le froid (gelures) au niveau des lèvres, du larynx et de la langue, en cas d’inhalation directement à partir de la cartouche.

La complication la plus grave est une perte brutale de connaissance (ou «ball-holes», selon le vocabulaire des usagers) pouvant aller jusqu’à l’arrêt respiratoire.

Des effets dissociatifs ont également été décrits.

Le proto modifie les sensations et diminue les réflexes et représente un 'risque majeur pour la conduite automobile [2] :

  • Perte de contrôle et altération du jugement avec difficulté à tenir le volant, réactions imprévisibles;
  • Sous estimations des vitesses et distances de sécurité ;
  • Distorsions visuelles ;
  • Perte de conscience partielle ou totale sans signe prémonitoire : le fameux « trou noir ».

Lorsque la consommation est répétée et à intervalles rapprochés et/ou à fortes doses, elle peut entraîner une dépendance et des complications graves, parfois irréversibles [1] :

  • Complications neurologiques : engourdissements, myalgies, faiblesses musculaires, troubles urinaires ;
  • Complications cardiovasculaires : thromboses, embolies pulmonaires ;
  • Symptômes psychiatriques : hallucinations, troubles de l’humeur.

Des décès sont possibles par asphyxie aigüe par hypoxie, surtout dans des espaces confinés comme des voitures ou lors de l’utilisation d’un masque facial, ou par arythmie cardiaque soudaine [4].

Références :

[1].info.gouv.fr. Protoxyde d’azote : quels dangers et que dit la loi ?

[2]. Protoxyde d’azote : danger extrême au volant ! Sécurité Routière.

[3].MILDECA. Les intoxications au protoxyde d’azote continuent d’augmenter.

[4]. GOV.UK. Nitrous oxide: updated harms assessment.

Mots clés : protoxyde d'azote ; effets indésirables [nitrous oxide ; adverse effects].

Qualité de la preuve : Grade 1.

Un impact sur l’atmosphère

Le protoxyde d’azote a également un impact important sur l’atmosphère.

Des chercheurs américains ont calculé que les émissions humaines de protoxyde d'azote étaient la première cause d’amincissement de la couche d’ozone atmosphérique [1].

C’est actuellement le gaz le plus destructeur de la couche d’ozone atmosphérique et le gaz à effet de serre le plus puissant rejeté dans l’atmosphère après le CO2, le méthane [2] et les hydrochlorofluorocarbures (HCFC) bannis par le protocole de Montréal [3], premier traité environnemental international, adopté en 1987 et entré en vigueur en 1989, ratifié par 198 pays pour sauver la couche d’ozone stratosphérique [4].

Même s’il existe des sources naturelles de protoxyde d’azote (agriculture, fumier d’élevage, engrais, combustion d’énergies fossiles et de biomasse, procédés industriels) les émissions d’origine humaine sont plus de 2 fois importantes que celles de CO2 [1].

Le pouvoir de réchauffement global sur l’atmosphère du protoxyde d’azote, supérieur à celui du CO2, avec une durée de vie de 120 ans et une progression estimée à 2 % tous les 10 ans, questionne sur les conséquences à long terme [4].

Références:

[1]. Avenir S et. Sciences et Avenir. 2009. Le protoxyde d’azote, ennemi n°1 de la couche d’ozone.

[2].Le protoxyde d’azote troposphérique observé depuis l’espace. CNRS Terre & Univers. 2021.

[3].Protocole de Montréal.

[4].Monneret C, Granger P. Le protocole d’azote : un gaz pas si hilarant. L’actualité chimique 2022 ; 478 : 1-6.

Mots clés : protoxyde d'azote ; effets indésirables ; polluants atmosphériques [nitrous oxide ; adverse effects ; air pollutants].

Qualité de la preuve : Grade 1.

Bibliomed

Collectif. Message du protoxyde d'azote: quels risques?; Bibliomed 2026. N° 1199.

Médecine

Frances P, Cordier LF, Ponce de Léon C, Gaubert R, Manjaoui S. Les conséquences cliniques d’une utilisation détournée du protoxyde d’azote. Médecine 2025; 21 (3):107-11.